Pourquoi voyager ?

Voici quelques réflexions et pensées que j’ai retenues au fil de mes lectures sur le voyage.

Voyager pour quitter l’ordinaire

Même quand on aime bien la vie qu’on mène, il arrive un moment où son ordinaire devient vraiment trop… ordinaire.

Voyager veut d’abord dire partir, faire ses valises, montées dans un quelconque moyen de transport et s’en aller loin de chez soi. Au premier abord, c’est tout simple. Et pourtant…le besoin de partir n’est pas toujours facile à définir.

Ici bien sûr je fais la distinction entre voyage et tourisme, et ce malgré la certitude qu’ont les touristes de voyager.  Le tourisme est rarement synonyme d’aventures et de liberté parce qu’il est le plus souvent organisé par une industrie qui a tout prévu, tout planifié, et qui a prudemment éliminé les risques et les dangers. Le véritable voyageur s’abandonne plus volontiers au hasard et s’adapte aux circonstances qu’il rencontre, alors que l’industrie touristique fait précisément le contraire : elle évince le hasard, organise tout, et adapte les pays aux besoins et aux désirs de ses clients.

Voyager, c’est donc imaginer un lieu, s’y rendre et en revenir.  Et cette quête d’un ailleurs suppose, de la part du voyageur, un état d’esprit bien spécifique, qui s’agit essentiellement de laisser de côté ses préjugés, ses habitudes, ses convictions, d’ouvrir son esprit et ses sens à ce qui se présente, bref de suspendre son jugement, de n’être le partisan de rien, d’être curieux, disposé et disponible pour toutes sortes de rencontres, d’accepter la remise en question de sa propre vie dont on fini par en saisir la relativité.

Je pense sincèrement que voyager est une occupation saine.

Voyager pour redevenir maître de son temps

Dans un monde configuré pour la vitesse, notre envie de ralentir est souvent empêchée par la peur composée d’un mélange d’avidité, d’inertie et d’angoisse celle de « ne pas rester dans la course avec les autres ». Sauf qu’en accélérant le rythme, nous avons troqué le goût des choses pour gagner du temps, auquel finalement nous avons donné la responsabilité de nous dicter, quoi faire et quand le faire. Le temps nous contrôle.

Le véritable voyage celui des rencontres, celui des découvertes, celui qui nous transforme, celui qui nous marque, ne commence réellement qu’à partir du moment où nous modifions notre rapport avec le temps.

Pour voyager, il faut avoir du temps, pour être disponible à soi, aux autres et à l’environnement qui nous entoure.  Partir c’est reprendre ses droits sur le temps. C’est s’offrir le luxe de changer son rythme de vie.  En simplifiant son intériorité, en se débarrassant de ses obligations, en éliminant les « y faut faire » de sa vie, on arrive à ralentir le temps.

La lenteur du voyage est une autre condition, tout aussi décisive que la disponibilité parce que la lenteur permet entre-autre la contemplation.

Voyager pour sortir de sa zone de confort

On apprend vite qu’il faut se battre pour tellement de choses dans la vie, le voyageur lorsqu’il prépare son sac et qu’il le met sur son dos, décide de faire une trêve avec sa vie présente.  Difficile d’être soi dans un monde formaté par les stéréotypes. Nous sommes des gens d’habitude et nous avons tous une zone de confort dans laquelle nous évoluons sans même nous en rendre compte.

Alors, voyager, c’est un peu fuir, un peu se rebeller pour pouvoir être. Partir découvrir ceux que l’on ne connaît pas, s’offrir pour apprendre, s’ouvrir pour être. Ce n’est pas la facilité que certains peuvent imaginer, et c’est un choix.

Partir signifie se retrouver en déséquilibre, quitter le sentiment de sécurité apporté par tout ce qui nous enveloppe. Partir, c’est s’exposer au monde et à soi même, il faut se confronter à l’étranger et à l’étrangeté.  Il est certainement plus confortable de rester à la maison, et de continuer sa vie comme avant, il est si facile de se renfermer et de retourner tranquillement dans le rang.  Et si l’on n’a pas envie, si l’on est attiré par une vie d’errance, sans lendemain où le passé reste du passé. Voyager, c’est s’offrir de ne pas savoir… de quoi demain sera fait.

Et puis il y a « Le bénéfice psychologique ». Je crois qu’on ne l’invoque pas assez comme étant l’une des plus puissantes motivations à voyager.  En quittant son pays et en s’immergeant dans un autre environnement culturel, on éprouve une sensation de soulagement, car on a échappé temporairement à sa condition sociale. On s’est libéré des contraintes que font peser les obligations professionnelles et celles induites par la hiérarchie du milieu de travail. On se libère temporairement des contraintes sociales comme d’avoir un aussi gros char, une aussi grosse maison, une aussi grosse tondeuse à gazon que son voisin!  À l’étranger la chape sociale est considérablement allégée. On est l’inconnu, celui qui n’a pas de véritables obligations sinon celle de rester courtois et de régler l’addition. On côtoie des gens que l’on ne reverra jamais et, dans les pays du tiers monde, on est automatiquement considéré comme appartenant à la strate supérieure de la société (on est riche!).

Le prix à payer pour certains peut paraître exorbitant, voyager à certains égards c’est jouer avec sa vie, sa santé, sa liberté. Sans oublier d’autres aspects tout aussi importants comme le manque éventuel d’argent, les opportunités d’avancement raté en quittant son emploi, et la remise en question d’une retraite confortable.

À bien y réfléchir, partir en voyage me semble être l’une des décisions les plus déraisonnables qui soient. La raison, si elle était consultée et écoutée, devrait en principe nous en dissuader, car le voyage ne manquera pas de nous exposer à une multitude de difficultés que la sage sédentarité évite facilement.

Je suis conscient que le chez-soi vaut bien toutes ces destinations exotiques déformées par notre imagination.  Baudelaire à écrit: « Il me semble que je serais toujours bien là où je ne suis pas » Il est clair que ce n’est pas la destination qui compte, mais le chemin parcouru.

Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui nous fait. Certains pensent même que le voyage répondrait dans l’absolu à une quête de la vérité, l’homme chercherait ailleurs les réponses qu’il ne trouve pas chez lui. On ne voyagerait donc pas pour voyager, mais pour aller mieux.

Et puis on ne voyage pas, on avance…

Il sera bientôt le temps de m’étonner et de «mettre un peu de voyage» dans ma vie.